Lot n°005 – ENTOURAGE DE TALLEYRAND ET DE DUMOURIEZ

ENTOURAGE DE TALLEYRAND ET DE DUMOURIEZ – Estimation : entre 800€ et 1000€

Description

Lot n°005

[MANUSCRIT – RÉVOLUTION FRANÇAISE]

ENTOURAGE DE TALLEYRAND ET DE DUMOURIEZ

Manuscrit rédigé en 1792 (entre le 15 mars et le 20 avril)

RARE ET PRÉCIEUX DOCUMENT MANUSCRIT RÉVOLUTIONNAIRE (période girondine) SUR LE RÔLE JOUÉ PAR TALLEYRAND EN ANGLETERRE DE JANVIER À MARS 1792

Document manuscrit anonyme daté de 1792 de 10 pp (8 manuscrites + 2 vierges) in-folio intitulé Résumé des Dépêches adressées à Mr De Lessart par Mr De Talleyrand pendant son séjour à Londres

Rédigé par une main fin XVIIIe avec quelques corrections et repentirs, sur un papier vergé d’époque (filigrane auvergnat dernier tiers du XVIIIe siècle).

Ce document doit d’abord être replacé dans le contexte diplomatique, politique et militaire de l’époque.

Le Ministre des Affaires Étrangères de Lessart est mis en accusation le 10 mars 1792 par l’Assemblée nationale sous l’influence de Brissot et des Girondins. Le 15 mars, Dumouriez est nommé à sa place Ministre des Affaires Étrangères (il démissionnera de son poste au mois de juin de la même année).
Par ailleurs, nous savons que le décret de la déclaration de guerre contre l’Autriche est voté le 20 avril 1792 par la volonté de Dumouriez et des Girondins favorables à la guerre depuis longtemps.

Dès lors, il n’est pas vain de croire que ce document a été rédigé entre la prise de fonction de Dumouriez (le 15 mars) et le vote de la guerre contre l’Autriche (le 20 avril). D’ailleurs, d’autres indices apparaissent dans le document qui nous le laissent penser. Ainsi, par exemple, l’auteur fait référence à la guerre qui oppose en Inde depuis deux ans l’Angleterre au Tippoo Sultan [sic] (Tipû Sâhib), sultan de Mysore, principal opposant à l’envahisseur britannique. Ce sultan est contraint de signer le 18 mars 1792 un traité de paix après deux semaines de siège de sa capitale Srirangapatna. L’auteur n’est pas encore informé de cette reddition, ce que l’on peut comprendre étant donné la distance entre les deux pays.
Un autre indice confirme l’hypothèse : l’auteur évoque l’éventuelle invasion des Pays-Bas autrichiens par la Autriche, de sorte que la date du 20 avril comme terminus a quo paraît plausible.

Comme son titre l’indique, il s’agit d’un mémoire destiné à former l’opinion du Ministre [Dumouriez] sur la loyauté et l’adresse de ce négociateur [Talleyrand] qui par sa position était forcé à plus de circonspection et de prudence qu’un Ministre officiellement accrédité.

L’auteur résume et commente les dépêches que Talleyrand envoya au Ministre des Affaires Étrangères de Lessart (du 29 novembre 1791 au 10 mars 1792), principalement les dépêches n° 7, 10 et 11. Il tâche de montrer l’extrême habilité et la justesse diplomatique de Talleyrand dans sa volonté de pousser l’Angleterre à la neutralité face à la Autriche révolutionnaire.

Plus loin, il sous-entend que grâce aux informations délivrées par Talleyrand, l’Angleterre serait bien en peine de réagir négativement à l’entrée éventuelle des troupes françaises dans les Pays-Bas autrichiens.

Par ailleurs, l’auteur du texte relate en détails les discussions entre Talleyrand et les autorités britanniques, le Premier Ministre Pitt (écrit Piit par l’auteur !) et son Secrétaire d’état aux Affaires Étrangères Grenville. Il est question d’un traité entre les deux pays ainsi que d’un emprunt de trois à quatre millions de livres sterling octroyé à la Autriche par l’Angleterre. En échange, notamment, l’île de Tabago (càd Tobago), de nouveau française depuis 1783 et le traité de Versailles, serait cédée à l’empire britannique, île regrettée par les Anglais et dont la possession nous est peu avantageuse, souligne l’auteur. Il met aussi en évidence les deux « camps » opposés au sein du Conseil des Ministres britannique quant à un rapprochement avec la Autriche : d’un côté, Piit [lire Pitt], Grenville et Dundale [lire Dundas] paraissent plus favorables, et de l’autre, Mrs Campden [lire Camden], Thurlow et surtout Le Roy [Georges III] fort contraires. Conséquence : la division du Conseil, […], a résulté naturellement l’avis mitoyen de ne point donner de réponse.

Ainsi, ce document tend à montrer, d’une part, que Talleyrand s’est comporté en Angleterre avec intelligence et doigté au service de la Autriche révolutionnaire et de l’autre, que sa diplomatie a servi les intérêts de ceux qui en Autriche veulent la guerre contre l’Autriche.

L’auteur anonyme du document devait être un proche conseiller de Dumouriez au Ministère des Affaires Étrangères puisqu’il a pu librement consulter les 14 lettres que Talleyrand a adressées à de Lessart entre le 27 janvier et le 10 mars 1792 tandis qu’il est à Londres pour le compte du Ministre. Dans les semaines et mois de la chute de de Lessart, de nombreux députés de l’Assemblée nationale ont vainement réclamé que cette correspondance soit révélée au grand jour, sans que jamais leur demande ne soit entendue. Or, nous savons que cette correspondance, envoyée plus tard à Orléans dans le cadre du procès contre de Lessart, – et totalement oubliée là-bas après l’assassinat du même en septembre 1792 et donc après l’extinction des charges contre lui -, n’a été rendue publique qu’en 1889 (voir G. Pallain, La mission de Talleyrand à Londres en 1792, Paris, Plon, 1889), après avoir été redécouverte dans les années 1840.
De plus, il semble (très) proche également de Talleyrand tant il défend et souligne la sagesse et la pertinence de ses actions diplomatiques. Notons également, en fin de document, deux références explicites à Mirabeau, notamment sur les craintes de ce dernier à propos de la Russie.

En conséquence, ce document permet à la fois de rendre compte du rôle diplomatique de Talleyrand à Londres au début de 1792 et de créer les conditions politiques, diplomatiques et militaires qui assureront le déclenchement de la guerre contre l’Autriche en avril 1792 par le Ministre Dumouriez et les Girondins. Plus largement, il rend compte d’un état des lieux géopolitique de l’Europe toute entière secouée par la Révolution française.

TRÈS BEL ÉTAT DE CONSERVATION DE CE DOCUMENT HISTORIQUE !

Estimation : entre 800€ et 1000€

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